« Les sanglots lents des violons de l’automne
« Blessent mon cœur d’une langueur monotone » (Verlaine : Chanson d’Automne)

Ces deux versets, diffusés à quelques jours d’intervalle sur les antennes de la BBC début juin 1944, annonçaient l’imminence du débarquement en France. Ils annonçaient l’espoir de la libération.

En cet automne 2019, menaces et espoirs pèsent sur notre continent et notre proche environnement méditerranéen.

Le 25 septembre courant, au cours de sa conférence « De la Réforme à la Postmodernité, le parcours du Protestantisme en Europe » le Pasteur François Clavairoly, Président de la Fédération Protestante de France, rappelait que dans les années ’30, les églises en Europe ne s’étaient pas élevées avec force pour dénoncer la montée des totalitarismes et l’enseignement de la haine des autres, et notamment des juifs. On connaît la suite : la deuxième guerre mondiale, l’occupation nazie, les dizaines de millions de victimes, la Shoah…

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Au Proche-Orient, notre environnement le plus proche, les guerres sévissent toujours, en Syrie, en Irak, au Yemen, aux frontières d’Israël, avec leur cortège de victimes, de réfugiés, de destructions.

On assiste surtout à la montée en puissance de la République islamique (chiite) d’Iran, le pays le plus grand, le plus peuplé, le plus cultivé et le plus riche en ressources minérales et pétrolières de toute la région. L’Arabie Saoudite (sunnite) la devance seulement pour le pétrole. C’est aussi l’héritier de l’ancienne civilisation perse. Son « Guide Suprême » l’Ayatollah Ali Khamenei y détient le pouvoir absolu, au-dessus du Président, élu, de la République islamique, Hassan Rohani.

(Rappelons ici la phrase universellement connue « Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument ».)

Nous ne reviendrons pas sur 40 ans d’histoire. (Voir à ce sujet : « Guerres et paix au Proche-Orient : Face aux nouveaux totalitarismes » N° 163 septembre 2014 : Le Temps de la Paix)

En juillet 2015, l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien était signé par ce pays et la Chine, la France, l’Allemagne, l’Union Européenne, la Russie, le Royaume Uni et les États-Unis.

Cet accord visait à contrôler le programme nucléaire iranien, afin d’éviter que ce pays n’acquière l’arme nucléaire. En contrepartie, des sanctions économiques très sévères imposées à l’Iran depuis 1979 étaient levées.

La dénonciation unilatérale par le Président Trump de cet accord le 8 mai 2018 a sérieusement augmenté les risques d’une escalade pouvant aboutir à un conflit armé.

L’Iran continue de soutenir le régime de Bassar El Hassad en Syrie, avec l’appui de la Russie en cherchant à exterminer ses opposants. L’Iran appuie aussi les insurgés houthis (chiites) du Yémen, contre l’Arabie Saoudite (sunnite). En bombardant fin septembre un site d’extraction et une usine de traitement du pétrole en Arabie Saoudite, l’Iran vient de faire monter encore les tensions et son Guide Suprême a interdit tout contact entre le Président Rohani et le Président Trump lors de la récente rencontre des nations Unies à New York.

Par milices interposées (Hezbolla au Liban, en Syrie et au Golan), Hamas (à Gaza) l’Iran poursuit sans rémission sa volonté maintes fois proclamée par son Guide Suprême « d’extirper du Proche-Orient le cancer sioniste ». Le commandant des Gardiens de la Révolution, Hassin Salami, vient de déclarer (le 1-10-19)« Nous avons désormais atteint la capacité de détruire l’entité sioniste artificielle. Dans le second temps de la Révolution islamique, il faudra rayer Israël de la carte du monde. Ce n’est déjà plus un rêve mais un objectif que nous pouvons atteindre ».

Ces déclarations venant des plus hautes autorités spirituelles et militaires de l’Iran nous interpellent parce qu’elles s’attaquent à la racine même du christianisme. Jésus – hautement considéré dans le Coran – était juif. Il est né, a vécu et enseigné, est mort et ressuscité dans ces terres de Galilée et de Judée. Il est clair que les plus hautes autorités chiites de l’Iran devront s’associer au dialogue engagé par le Pape et le Grand Imam sunnite d’Al Azhar pour que soit restaurée la paix dans ce Proche-Orient berceau de nos trois monothéismes.

Comment sortir de cette escalade de la violence, fût-elle à petits pas, sinon en effet par la négociation, pas par la guerre ?

C’est à quoi s’emploient les puissances européennes, bien qu’elles restent empêtrées par un Brexit qui s’éternise. Le Président Trump, contre lequel augmente la menace d’une inculpation pour détournement de pouvoirs (‘’impeachment’’) par le Congrès, se trouve limité dans les initiatives – souvent intempestives au demeurant – qu’il prend. Et la Corée du Nord en profite pour lancer un missile à partir d’un sous-marin, ce qui aggrave les tensions en Asie.

C’est en pareilles circonstances qu’il importe que les responsables religieux, au plus haut niveau, de nos trois familles abrahamiques, rappellent ensemble fortement et publiquement, les lois d’amour qui nous gouvernent : « Aime ton prochain comme toi-même ; secours le malade, l’indigent, l’affamé, accueille le réfugié, cherche la réconciliation et la paix et non l’affrontement et la guerre, choisis la vie plutôt que la mort ».

Individuellement, pour chacun de nous, il importe au quotidien de promouvoir une conduite plus « éthique » dans tous les domaines où nous sommes impliqués :

  • en notre qualité d’acteur économique, dirigeant d’entreprise ou salarié, accorder plus de considération à nos partenaires, salariés et dirigeants, fournisseurs et clients, localités où nous nous trouvons ; et, s’agissant des responsables d’entreprises financières, réduire les écarts insupportables et injustifiés entre les rémunérations des dirigeants et celles des autres personnels. Voir sur ce point les travaux et recommandations de notre programme « Ethique et Economie ». Signalons notamment la déclaration de 181 PDG de grands groupes américains le 19 août dernier : « Les entreprises ont-elles un rôle à jouer dans la société ? 181 grands « patrons américains, dont ceux d’Amazon, General Motors, Pepsi, Apple, BlackRock, ou « JPMorgan, ont tranché. Le lobby Business Roundtable, qui les représente, a « redéfini lundi la ‘’raison d’être’’ de ces sociétés. Et remis en cause sa déclaration de « 1997, selon laquelle leur but premier était de satisfaire les intérêts des actionnaires, « conformément à la théorie libérale rendue célèbre par le prix Nobel d’économie « Milton Freedman.  ‘’Nous nous engageons à générer de la valeur pour l’ensemble de « nos parties prenantes, pour la réussite future de nos entreprises, de nos « communautés, et de notre pays’’, affirme le communiqué de Business Roundtable. « Meilleure « considération des salariés, des fournisseurs et des clients et protection de « l’environnement sont élevés au même rang que la prise en compte des intérêts des « actionnaires. Parmi les engagements phares de ces grands patrons, une « rémunération plus juste et plus de formation, ou encore la promotion de la diversité. « (Les Echos, 20-08-2019)
  • en notre qualité de citoyen tout court, il nous importe de nous impliquer dans la réflexion et les projets de loi engagés par notre société sur la bio-éthique et sur le respect de la vie et de l’individu. S’agissant du débat en cours sur la PMA et la GPA, citons cet extrait du récent rapport des « Poissons Roses » (Juin 2018, P. 5) : « on « oublie trop « souvent que 75% des enfants vivent dans une famille dite traditionnelle, « 15 % dans une famille recomposée et 10% dans une famille monoparentale. Il est « essentiel de se délivrer des pressions médiatiques qui mettent au premier plan des « préoccupations publiques des sujets, certes majeurs pour ceux et celles qu’ils « concernent, mais epsilonnesques au regard du poids du quotidien vécu par la très « grande majorité de « nos concitoyens. Or c’est ce quotidien qui nous semble oublié du « débat public et par « les pouvoirs publics ». NB : le mouvement des Poissons Roses est présidé par Patrice Obert, membre de notre Comité directeur.

Nicolas Rabaté, membre de notre comité directeur, concepteur et administrateur de notre site, vient de prendre la Présidence du Groupe ESIEA, groupe d’écoles spécialisées dans le monde du numérique et, à ce titre, formant des ingénieurs et des experts dont la compétence est particulièrement recherchée aujourd’hui par les entreprises. Nous lui adressons nos félicitations et lui exprimons notre reconnaissance pour son indispensable contribution à la notoriété et au développement des activités de la Fraternité d’Abraham.

L’automne est le temps des grandes fêtes de nos familles abrahamiques, temps de prières, de jeûne, de recueillement :

9 et 10 septembre : Achoura ;
29 septembre au 1er octobre : fêtes de Tichri avec Roch Hashana, Kippour, les 8 et 9 octobre, Soukkot, 13 octobre et Simhat Tora le 22 octobre ;
1er novembre : Toussaint ;
10 novembre : Mouloud ;
1er décembre : Avent.

Que nos prières et nos jeûnes inspirent à tous nos gouvernants la sagesse et orientent leur démarches vers la réconciliation et la paix.

Edmond A. Lisle

Facebooktwitterlinkedinmail