La Fédération des Juifs Noirs, présidée par Monsieur Guershon Nduwa, a décerné le premier « Prix André Chouraqui du Judaïsme Africain » au cours d’une brillante cérémonie qui s’est tenue mardi 13 octobre 2015, à la Mairie du VIe arrondissement de Paris. Ce prix a été remis, ex-aequo, à Soeur Isabelle du Monastère de Bet Gemal (Israël), et à notre ami Foudil Benabadji, membre du Comité Directeur de la Fraternité d’Abraham.

Cette cérémonie a été organisée en collaboration avec l’Association des Amis d’André Chouraqui, et la Fraternité d’Abraham.

Plusieurs personnalités étaient présentes, notamment Jean-Pierre Lecoq, Maire de l’Arrondissement et Vice Président du Conseil Départemental de Paris ; Edmond Lisle, Président de la Fraternité d’Abraham ; Roger Cukierman, Président du CRIF ; Doudou Diène, ancien Directeur de la Division du dialogue interculturel et interreligieux de l’Unesco ; Serge Hajdenberg, Directeur de la station Radio J, qui devait animer la cérémonie ; et Annette et Emmanuel Chouarqui, épouse et fils de celui dont le prix devait honorer la mémoire.

Comme devait le rappeler Jean-Pierre Lecoq qui nous accueillait, ce n’était pas la première fois que cette Mairie était associée au dialogue interreligieux : c’est là, comme dans l’Église Saint-Sulpice toute proche, qu’avait été célébré le 40ème anniversaire de la Fraternité d’Abraham en 2007 ; puis l’année suivante qu’avait été organisé un colloque sur les origines du monothéisme.

Guershon Nduwa a, en introduction, souligné les liens d’André Chouraqui avec le continent africain, disant qu’il était fier de son héritage ancestral. Rappelant qu’il fut l’ami du Roi Léopold Senghor, du Roi Mohamed V et de l’Empereur Hailé Sélassié, il insista sur le message particulier de la Fédération des Juifs Noirs : le Judaïsme n’est pas associé à une couleur de peau, et son message est universel. Les messages religieux mal traduits permettent la stigmatisation, mais par contraste, les traductions de la Bible, du Coran et des Évangiles faites par André Chouraqui ont démontré que « nous sommes les fleurs d’un même jardin ».

Prenant ensuite la parole, Roger Cukierman devait d’abord évoquer l’actualité particulièrement tragique ayant marqué Jérusalem le matin même. Citant la Fédération des Juifs Noirs (FJN) et la Fraternité d’Abraham, il a dit qu’elles « méritaient un Prix Nobel », plus que certains dirigeants. Rappelant que c’est sous sa présidence que la FJN avait été accueillie au sein du CRIF, il a dit aussi combien il en était heureux, car le peuple juif et le peuple africain avaient tous les deux connu les pires atrocités.

Doudou Diène devait rendre hommage à Guershon Nduwa et à son association, disant que « parler de Juifs noirs, c’est donner une dimension universelle au Judaïsme ». Lui même sénégalais, il devait regretter que le continent africain qui, jadis, ne connaissait pas l’antisémitisme, voyait à son tour se propager ce fléau. Il y a, à son avis, une « ignorance réciproque » entre Juifs et Noirs qu’il faut combattre. Après avoir évoqué les missions internationales qu’il avait mené aux côtés d’André Chouraqui, il a dit qu’à son avis toutes les religions avaient « oublié l’éthique », et qu’il fallait la remettre au cœur du dialogue interreligieux en identifiant leurs valeurs communes.

Edmond Lisle a rappelé les origines de la Fraternité d’Abraham dont André Chouraqui fut un des membres fondateurs, en 1967 et alors que l’on était en pleine « Guerre des Six Jours » entre Israël et ses voisins arabes : « nous avons tous reçu le même message de respecter et honorer son prochain » ; « chacun, dans sa tradition, doit aller à la rencontre de l’autre » ; « nous devons mieux nous connaitre, et mieux connaitre la foi des autres ». Il devait aussi rappeler que, à la fin de sa vie, André Chouraqui avait dit qu’il ne fallait pas « s’enfermer dans un ghetto monothéiste », en faisant une ouverture au Bouddhisme.

Prenant à sa suite rapidement la parole, Vincent Pilley, lui-même bouddhiste et membre de notre association, devait justement dire que « c’est chez l’autre que l’on découvre ce qu’il y a de meilleur en nous même ».

Annette Chouraqui, au nom de la mémoire d’André et de son association, remercia les organisateurs de la manifestation, et rendit hommage aux deux lauréats de cette première manifestation.

Prenant alors en premier la parole, Sœur Isabelle devait rapidement remercier les organisateurs, en évoquant à son tour son souvenir d’André Chouraqui, et sa reconnaissance. Pour information, la « Communauté des sœurs de Bethléem, de l’Assomption de la Vierge et de Saint Bruno » est une communauté monastique d’origine française devenue internationale au cours de ses 64 années d’existence avec seize nationalités différentes. C’est en 1968 que Sœur Marie, la première des sœurs de Bethléem, s’était rendue à Jérusalem où elle avait tenu à rencontrer cet homme hors du commun. Il était alors Maire adjoint de Jérusalem, et c’est grâce à son appui qu’avait été bâti près de la ville de Bet Shemesh, le monastère catholique des moniales de Bethléem. André, sa femme et ses cinq enfants devaient ensuite témoigner une amitié continue à cette communauté, l’écrivain venant même y séjourner pour y écrire des livres. Sœur Isabelle devait dire à l’assistance: « Rien n’est perdu, il faut garder espoir », en concluant son propos par quelques mots en hébreu.

Foudil Benabadji, pour mémoire, est le plus ancien aumônier musulman dans les établissements pénitentiaires français. Acteur privilégié dans le domaine de l’éducation, il s’est dévoué sans relâche pour le dialogue des religions en sa qualité d’administrateur à la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix et à la Fraternité d’Abraham. Auteur de plusieurs ouvrages, dont le dernier livre a pour titre « Quel avenir pour les Musulmans de France ? Un programme, un projet », il s’inquiète du « vivre ensemble » alors que nous vivons un moment difficile où le monde de l’Islam se referme, souvent, sur lui-même dans le rigorisme et l’intolérance. Dans son allocution de remerciement, il devait rappeler que André Chouraqui, natif d’Aïn Temouchent, était comme lui un enfant d’Algérie et « qui n’avait jamais cessé, tout au long de sa vie et son œuvre, d’exprimer son amour passionné pour la terre qui l’a vu naitre ». Parlant de manière très directe, Foudil Benabadji a dit : « Il faut empêcher que le monde ne se défasse ». « Je constate que l’islamisme est en train de gagner la partie et que la haine de l’autre, si parfaitement incarnée dans la haine du juif et de l’arabe, explose dans le monde. Cela entraine l’islamophobie et l’antisémitisme … ». Pour lui, « combattre l’islamisme comme le font les Occidentaux, c’est à dire à la place des Musulmans, est une erreur grave. C’est les libérer de leur devoir de défendre eux mêmes leur culture et leurs pays. »

Discours des personnalités

Remise du prix et interventions des lauréats

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