A priori on est tenté de répondre oui quand on lit le prologue: « Réunir tous ceux qui, à des titres divers, sont attachés aux valeurs spirituelles , morales et culturelles issues de la tradition du patriarche Abraham….

Cependant, il y a cinquante ans la question du dialogue avec des non croyants se posait d’une manière moins aigüe qu’aujourd’hui. La nouveauté était, dans la foulée du Concile Vatican II de faire se rencontrer des juifs, des chrétiens et des musulmans ensemble, alors que n’existaient que des contacts bilatéraux avec la naissance en particulier de l’amitié judéo-chrétienne, plus ancienne. La perspective essentielle du manifeste était de favoriser les échanges entre des millions de croyants « qui se rejoignent dans le souvenir d’un même homme, père de leurs peuples mais aussi modèle de la foi au Dieu unique, essentielle à la religion des uns et des autres. »

Aujourd’hui le monde a beaucoup changé. L’Europe ne craint ni le nazisme ni le communisme, mais découvre les menaces des nouveaux totalitarismes. Paradoxalement elle est entrée dans une crise morale et spirituelle profonde et remet en cause des acquis moraux et philosophiques hérités du judaïsme et du christianisme d’abord et de l’islam ensuite.

Peu à peu s’étend une grande vague de néo libéralisme non seulement économique, accélérée par la mondialisation des échanges, des finances et des informations, mais aussi morale et spirituelle. Peu à peu se répand une idéologie molle, confortable, anesthésiante, relativisant toutes les vérités philosophiques et religieuses. Les religions sont soupçonnées de véhiculer en fait le même message sous des apparences différentes ou d’être la vraie cause des conflits entre les hommes.

Le phénomène n’est pas si nouveau qu’il en a l’air, car on peut le faire remonter au XVIIIè siècle avec certains courant issus des « Lumières » qui prétendaient fonder une morale universelle comme si Dieu n’existait pas. Selon la célèbre formule de Hugo Grotius il faut régler les conflits comme si Dieu n’existait pas, etsi Deus non daretur.

L’idéologie qui cherche à dominer les médias qui s’inspire souvent, sans s’en douter, de ces courants va donc s’efforcer de réduire au maximum l’influence des religions et un des moyens sera de susciter toutes sortes d’instances qui prônent la fraternité entre tous par-dessus toutes les religions. Pire que cela, des sociétés de pensée au projet rationaliste bien connu vont infiltrer ces instances tout en avançant masquées, comme certaines sectes et d’autres mouvements à l’identité incertaine.

Heureusement, à côté de ces lieux ambigus, des hommes de bonne volonté vont s’efforcer de favoriser des rencontres où la liberté d’expression sera respectée entre hommes religieux et d’autres qui ne le sont pas, des lieux où ceux qui cherchent sincèrement à mieux se comprendre, car ils ont confiance en l’homme, peuvent réellement progresser vers plus de paix et de justice. Il est important de ne pas refuser ces occasions auxquelles les jeunes sont particulièrement sensibles.

La question qui se pose à nous est de discerner ces lieux de vérité et de participer à ces échanges sans dissimuler ce qui fait notre fierté et notre bonheur: la foi au Dieu Unique qui a parlé à notre père Abraham et qui nous libère des idoles d’hier comme de celles d’aujourd’hui.

Père Pascal Roux

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