DIALOGUE INTERRELIGIEUX ET CONSTRUCTION DE LA PAIX

Tel est le thème du N° 175 de notre revue datée de Septembre 2017.

Résumons-en les points essentiels.

Du 27 au 29 janvier 2016 à  Marrakech plusieurs dizaines de responsables musulmans venus du monde entier s’étaient  réunis pour y élaborer une déclaration sur les « Droits des minorités religieuses dans le monde islamique».

Les thèmes en étaient : « Lutte contre le fanatisme, l’extrémisme et la violence au nom de la religion » mais aussi :  « Liberté et citoyenneté… Diversité et complémentarité ».

Un  an plus tard entre février et avril 2017 s’enchainaient à l‘université Al Azhar du  Caire séminaires et conférences réunissant des représentants de l’islam sunnite et chiite ainsi que des représentants du Vatican.

Nous avons évoqué dans notre N° 173 de mars 1973 la seconde de ces réunions, en citant notamment des extraits importants de la « Déclaration finale » de la conférence « Liberté et citoyenneté » intitulée : « Tous les citoyens sont égaux dans l’islam ».

On notera les avancées entre ces deux dates : des « Droits des minorités religieuses dans le monde islamique » à : « Tous les citoyens sont égaux dans l’islam » le progrès est évident.

A cet égard, nous avons jugé intéressant de porter à la connaissance de nos lecteurs un article paru dans le journal francophone libanais « L’Orient le Jour » dont le titre : « Réforme de l’Islam en marche au Caire »  est significatif de l’impact de ces réunions. Citons-en cet extrait du 5 mars 2017:

« Al Azhar avait rassemblé les représentants de douze Églises du monde arabe, du patriarche Sako des chaldéens à l’évêque luthérien de Jérusalem, Younan Mounib (président de la Fédération luthérienne mondiale), ce qui est indicatif de sa volonté de reconnaître la richesse et la légitimité de cette diversité…. marquant d’un gros trait rouge la volonté de rapprochement entre sunnites et chiites. Placée très haut, la barre a fait sensation au congrès »

Ces réunions du Caire sont en fait l’aboutissement d’un très long processus de dialogue entre le monde chrétien et musulman noué depuis les années 90 et auquel – nous nous permettons de le souligner – notre ami Aly Elsamman prit une part importante.

Il faut comprendre également qu’en réunissant au sein de la prestigieuse université sunnite Al Azhar des représentants de l’islam chiite, les déclarations du Caire ont une portée considérable.

Le point d‘orgue de ces très importants rassemblements fut la venue du Pape François le 28 avril au Caire.[1]

Il est intervenu une première fois à l’université Al Azhar au terme d’une « Conférence internationale sur la paix » sur le rôle fondamental du dialogue dans la recherche de la paix, que nous publions dans ce N°.

Il y dit notamment : «Trois orientations fondamentales, si elles sont bien conjuguées, peuvent aider le dialogue : le devoir de l’identité, le courage de l’altérité et la sincérité des intentions ». Ce propos sur le « courage de l’altérité » implique évidemment, non seulement de respecter la croyance de l’autre, mais plus encore de ne pas dénigrer les textes qui fondent sa foi, de ne pas les remettre en question. Or il arrive trop souvent que dans le dialogue interreligieux, certains tiennent un langage de façade, fait de bons sentiments ; alors que sortis du domaine de l’interreligieux les mêmes tiennent un tout autre langage  contestant à l’Autre sa vérité et mettant en doute sa bonne foi. Ce double langage est évidemment incompatible avec un dialogue interreligieux fécond.

Le Pape est intervenu ensuite devant le Président et les autorités égyptiennes pour souligner les efforts à déployer de la part des autorités civiles et des croyants de toutes les religions pour contribuer à restaurer la paix dans tout le Proche-Orient, en soulignant le rôle éminent de l’Egypte dans cet effort. Nous reproduisons l’intégralité de ce texte qui contient in fine cette phrase :

La paix est un don de Dieu mais elle est aussi un travail de l’homme. C’est un bien à construire et à protéger, dans le respect du principe qui affirme la force de la loi et non la loi de la force…. Paix à ce pays bien-aimé ! Paix à toute cette région, en particulier à la Palestine et à Israël, à la Syrie, à la Libye, au Yémen, à l’Irak, et au Soudan du Sud; paix à tous les hommes de bonne volonté !

Edmond Lisle
Président

[1] Nous tenons à remercier ici très vivement Madame Anita Bourdin de l’Agence Zenit du Vatican de nous avoir communiqué ces textes.

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