Bertrand Collomb nous a quitté le 23 mai 2019. Une messe en sa mémoire a été célébrée le 12 juin en la cathédrale Saint Louis des Invalides.

La Fraternité d’Abraham exprime ses plus vives condoléances à son épouse, ses enfants, petits enfants et à toute sa famille et leur dit la grande admiration qu’elle lui porte ainsi que sa profonde reconnaissance pour tout ce qu’il a fait pour promouvoir son programme Éthique et Économie.

Bernard Esambert, qui a initié ce programme et le dirige depuis son lancement en 2012 nous a fait l’amitié de rédiger le témoignage qui suit.

Edmond A. Lisle  –  Président

Un ami et compagnon : Bertrand Collomb

Ma mémoire est peuplée d’innombrables rencontres avec Bertrand Collomb même si jusqu’à une époque récente nous avons peu travaillé ensemble.

X-Mines tous les deux, comme on dit maintenant, nous avions très jeunes formé le projet avec nos épouses de parcourir tous les grands déserts de la planète. Désir d’étrangeté, d’absolu, de beauté, de solitude n’excluant pas bien entendu la rencontre avec des peuples singuliers, …, ce projet nous enthousiasmait. Il resta projet tant nos carrières furent immédiatement bousculées par l’administration à laquelle nous appartenions tous les deux. Très vite, tu partis pour les Etats-Unis et moi en Amérique du Sud. Beaucoup plus tard nous nous retrouvâmes par exemple à l’Institut de l’Entreprise dont tu fus président et moi vice-président, dans des enceintes internationales où il faisait bon pour les présidents de grands groupes de figurer et d’énoncer quelques belles vérités premières du monde de ces entreprises, comme le Bilderberg et la Trilatérale ; plus tard nous hantâmes tous les deux Davos, des conseils d’administration comme celui du groupe pétrolier Total, ta maison de Virginie où je fis un bref passage à un moment où tu n’y étais pas !

Nous avions été tous les deux à l’écoute d‘un président exceptionnel, Olivier Lecerf, auprès duquel nous apprîmes à fréquenter et à respecter les vraies sciences humaines, leurs déclinaisons en écoute, respect de la personnalité et autonomie. Tu avais fait de Lafarge, à coups d’acquisitions, le premier groupe mondial du secteur. Tu y pratiquais travail en équipe et délégation de pouvoir dans une entreprise orientée vers le social et l’environnemental.

Et puis un jour j’eus cette folle idée de faire élaborer une charte (« les tables de la loi ») de l’éthique du libéralisme par un groupe de trente sages mondiaux représentant et regroupant toutes les grandes religions à l’ouest comme à l’est, des Prix Nobel de la paix, d’économie, des philosophes, des entrepreneurs d’humanité comme nous appelions ces hommes qui savent placer en permanence au sommet de leur pyramide conceptuelle l’être humain avec ses défauts mais aussi les qualités, qu’il faut savoir lui faire développer avec altruisme. Ce groupe devait être conçu de sorte que chacun des six milliards d’habitants de notre planète se sentent représenté par l’un des « sages ».

J’eus la chance de rencontrer le président d’une structure interreligieuse laïque qui adhérait totalement à ce projet, la Fraternité d’Abraham présidée par Edmond Lisle avec qui je nouais rapidement des liens d’amitié. Ce projet extraordinairement ambitieux nous soudait.

Pour aller plus loin il me fallait également l’appui d’une structure établie dans la République française et respectée au-delà. Je frappais à la porte de l’Académie des Sciences par l’entremise de sa Secrétaire Perpétuelle qui adhéra très rapidement au projet en me suggérant de le porter à la connaissance d’une autre Académie, celle des Sciences morales et politiques. Dont je découvris qu’elle était présidée par Bertrand Collomb. Bertrand m’écouta attentivement, me posa quelques questions, nous interrogea collectivement Edmond Lisle et moi pour finir par nous donner adhésion et enthousiasme. Une première liste d’une soixantaine de sages – pour n’en garder que trente à l’arrivée – fut élaborée et nous invitâmes ces présumés futurs auteurs du code de l’Ethique à nous faire part de leurs réactions sur le projet et la note que j’avais rédigée pour le synthétiser. C’est ainsi qu’une quinzaine de sages du monde entier vinrent dire, quai Conti, leur sentiment et répondre aux questions des membres de l’Institut présents et de leurs invités.

Compte-tenu des difficultés d’un tel projet Bertrand Collomb avait envisagé avec nous de publier un livre qui regrouperait texte de base, textes de commentaires des sages et une préface qu’il s’apprêtait à élaborer, si nous n’arrivions pas à organiser la rencontre des sages et à obtenir de leur part la fumée blanche qui devait marquer le succès de leurs travaux. S’y ajouterait les rapports des groupes de travail qu’il avait créés pour approfondir certains thèmes de l’éthique du libéralisme.

C’est ainsi que nous fréquentâmes assidûment le petit bureau que le Groupe Lafarge lui avait laissé quand il avait quitté la présidence de ce groupe : nous y étions chez nous grâce à la chaleur complice d’un Bertrand Collomb, toujours amical et heureux de faire progresser ce projet.

Nous avions créé ensemble, la Fraternité d’Abraham, l’Académie des Sciences morales et politiques et moi-même une fondation abritée par l’Institut de France dans le cadre de laquelle se poursuivait ce projet.

C’est pour faire suite à son idée que nous publierons un jour ce fascicule regroupant toutes les contributions écrites ou verbales à notre projet. Ce sera une façon pour nous de témoigner de notre gratitude à un compagnon de route d’une extrême qualité. Ainsi appliquerons nous la règle de Saint Benoît qu’il avait coutume d’évoquer : « Dans les cas les plus difficiles, les moines feront ce qu’ils pourront ».

Bernard Esambert, juin 2019

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