Nous publions ici cette réaction de l’un de nos lecteurs – Frère Abel – au discours du Pape François prononcé à Ur patrie d’Abraham le 6 mars 2021, dont nous avions publié le texte dans notre dernier numéro de mars 2021.

Je suis émerveillé d’entendre le discours d’un Pape qui a rencontré, le 4 février 2019 Ahmad Al-Tayyeb, le grand Imam de l’Université d’Al-Azhar. Ensemble, ils ont rédigé une déclaration en arabe, signée par l’un et l’autre. Cette déclaration commence par « Bismillah » : « Au nom d’Allah ». Il est très nouveau qu’un Pape s’exprime en disant « Au Nom d’Allah ». Nous sommes là bien loin d’une parole d’infaillibilité : c’est une manière de reconnaître « qu’il y a plusieurs pièces en la maison de mon Père », comme disait Jésus.

C’est une manière de montrer que nous sommes, aujourd’hui, si nous l’acceptons, prêts à renoncer à avoir des ennemis, prêts à tendre la main à d’autres peuples, à d’autres religions, que nous sommes prêts, avec l’aide de Dieu à changer en mieux. Le Covid nous oblige à cette mutation.

Le 6 Mars 2021, le Pape affirme une fois de plus sa position d’ouverture avec ce discours prononcé à Ur, le lieu où est né Abraham il y a quatre mille ans. Les médias ont malheureusement très peu fait connaître ces deux « faits divers » extraordinaires. Ces événements constituent une révolution qui peut nous suggérer de suivre enfin un chemin de fraternité, de responsabilité et de solidarité.

Morale ou Ethique ?

La morale est l’obéissance à un certain nombre de règles, devoirs, ou Commandements, ce qui permet à une Communauté de vivre les mêmes valeurs, tout en ignorant les valeurs d’une autre Communauté.

Elle amène une paix relative au sein d’un même groupe humain, mais cela se fait au prix d’un certain enfermement et crée des « guerres de religion ». L’éthique, selon Baruch Spinoza, consiste à s’adapter à toute situation, à aller au-delà des notions moralistes de bien et de mal. S’intéresser aux valeurs anthropologiques qui sont celles de l’Autre, payer en sa monnaie, comprendre ses valeurs et les respecter amènera la fin de tout conflit. Contrairement au proverbe, « Bonheur des uns, Malheur des autres », c’est le bonheur de l’Autre, et le fait de le rencontrer qui fera le bonheur de l’Un et notre propre bonheur.

Mais chacun, je crois, tient beaucoup à ses valeurs culturelles, et essaie de demeurer enfermé en sa chapelle. Mettez, en un lieu neutre, un « pratiquant chasseur » et une « pratiquante végan », vous allez voir le carnage !

La croyance et la foi sont-elles compatibles ? La morale et l’éthique peuvent-elles cohabiter ? N’est-il pas temps, tout en restant fidèles à nos convictions profondes, de passer au-delà de la simple morale et d’établir ainsi la paix ?

Des êtres d’exception comme le Pape François, comme le grand Imam Ahmad Al-Tayyeb, ou comme le 14ème Dalaï lama nous montrent le chemin.

Frère Abel –  Ile de Sein

Facebooktwitterlinkedinmail