Frère Abel… Rencontre avec un homme de foi au cœur riche d’une généreuse fraternité

L’été dernier, à la même époque, je relatais sur le site de la Fraternité d’Abraham ma rencontre avec frère Abel Touzet sur son lieu de vie, l’île de Sein, en Finistère Sud.

J’ai eu la chance de poursuivre notre dialogue le 11 aout 2026, répondant à son invitation à venir partager un savoureux déjeuner. Son cœur est toujours aussi riche des rencontres qu’il fit dans sa longue vie et des liens tissés. S’il exerça différents métiers, sur terre, en mer et dans l’air, son activité principale et continue jusqu’à présent est bien la mise en œuvre, à son échelle, de la fraternité et de l’amour du prochain. Profondément chrétien, il cherche encore et toujours à approfondir sa foi et sa compréhension de l’enseignement de Jésus, au contact de la foi des autres de toutes religions et spiritualités. Au printemps, avec quelques frères et sœurs, il s’est rendu au Maroc pour une retraite de prières avec des soufis et leur Cheikh. Récemment, ces hommes et femmes du Maroc sont venus en France au monastère pour des échanges de foi et de prières.

Jamais il n’oublie Nâthan André Chouraqui (l’un des fondateurs de la Fraternité d’Abraham) auprès de qui il a vécu à Jérusalem trois fois par an, les six dernières années de sa vie, quasiment jusqu’à la fin de sa vie. Rappelons que le livre de frère Abel « Dans les pas du petit prince » fut préfacé par André Chouraqui.

Celui-ci l’a aussi aidé à créer le monastère du Gai Rire ( qui devint par la suite Centre d’Etudes pour la paix et la maison du Pas Sage *). En parlant de lui avec une sincère admiration, frère Abel espère de tout cœur la continuité et le développement de notre association.

Il relate aussi, avec un brin de nostalgie, les nombreux entretiens qu’il eut avec un homme qu’il appelle son maître bouddhiste, le tibétain Tulku Pema Wangyal Rinpoché.

Celui-ci l’invitait à considérer le geste de joindre les mains en trois temps « au nom de l’esprit du père, au nom de la parole du fils, devant son corps – et n’oublie pas que ce corps est aussi le tien !»

Frère Abel pense que la prière permet d’apprécier le goût de la joie comme celui de la souffrance, en s’éveillant à l’impermanence de toutes choses. « Il n’y a pas de chemin pour le bonheur, c’est le bonheur qui est le chemin. » Et d’ajouter avec un éclair dans les yeux « La Joie est plus forte que tout, disait Jeanne d’Arc. »

Cela ne l’empêche pas de maintenir une vive aspiration à la paix et au progrès du bien commun. « Si tu veux la paix, prépare la paix ! Quelle absurdité et quelle illusion de croire que « Si vis pace para bellum ! Or nous savons bien que c’est notre inconscient qui domine. Dieu n’est pas mon Dieu. C’est l’un conscient qui est Dieu… ! Chouraqui le disait : c’est une folie de dire 1 Dieu. Dieu n’est pas Un. C’est l’unité qui est Dieu. Il me disait : arrêtez de parler de la parole de Dieu. Ce mot m’est odieux ! C’est très dangereux d’appeler Dieu… Dieu ! Car quel est son nom ? Le père de Jésus ? Allah ? Adonaï ? Zeus… Zeus au départ, avec sa lance ! Et nous voilà bien avancé… »

Alors que je l’interroge sur sa conception des ennemis du bien, frère Abel m’interpelle en disant que le problème de l’ennemi est une épreuve intéressante ! Il souligne qu’essayer de faire amie une personne ennemie est une affaire intime. Et de relater son expérience de dire bonjour à quelqu’un pendant quarante ans ( sur sa petite île, un homme qui le voyait comme un étranger) sans recevoir de bonjour en retour, « sauf une fois, enfin ! On n’est pas copains, pas amis, mais il y a du respect. »

L’important, c’est soi-même, ne pas avoir d’ennemis. De toutes façons, la seule solution pour créer la paix, c’est créer des amitiés. Nous sommes tous égaux, en réalité. Pour illustrer cela, il me précise « Je signe mes lettres frère Abel. Pas de f majuscule ! Et pas père… on a un père et une mère. Pas 2 pères ! »

Lorsqu’il m’accompagne jusqu’au bateau qui repart sur le continent, il a un large sourire et son regard à la fois perçant et chaleureux, à l’écoute, attentif, plein d’espoir. Une vraie joie d’avoir revu frère Abel.

*https://karuna-ceprobreiz.org/ Des femmes et des hommes essaient ensemble de créer un monde plus humain dans un lieu de vie solidaire et intergénérationnelle.