Deux textes publiés les 9 et 10 août, le premier par le Pape François, le second par le président du Conseil régional du culte musulman de la Réunion, méritent d’être cités ici, car ils expriment l’attitude de tout croyant, fils ou fille d’Abraham, face aux crimes contre l’humanité perpétrés par les extrémistes de tout bord.

Message du pape François à M. Ban Ki-moon

A Son Excellence Monsieur Ban Ki-moon Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies.
C’est le cœur lourd et plein d’angoisse que j’ai suivi les événements dramatiques de ces derniers jours dans le nord de l’Irak, où les chrétiens et les autres minorités religieuses ont été contraints à fuir leurs maisons et à assister à la destruction de leurs lieux de culte et de leur patrimoine religieux. Ému par leur situation, j’ai demandé à son Éminence le Cardinal Fernando Filoni, Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, qui a servi comme Représentant de mes prédécesseurs, le Pape Saint Jean-Paul II et le Pape Benoît XVI, auprès du peuple d’Irak, de manifester ma proximité spirituelle et d’exprimer ma préoccupation, et celle de toute l’Eglise catholique, pour les souffrances intolérables de ceux qui désirent seulement vivre en paix, en harmonie et libres sur les terres de leurs ancêtres.
Dans ce même esprit, je vous écris, Monsieur le Secrétaire général, et je dépose devant vous les larmes, les souffrances et les cris de désespoir des chrétiens et des autres minorités religieuses de la terre bien-aimée d’Irak. En renouvelant mon appel urgent à la communauté internationale à intervenir pour mettre fin à la tragédie humanitaire en cours, j’encourage tous les organes compétents des Nations Unies, en particulier ceux qui sont responsables de la sécurité, de la paix, du droit humanitaire et de l’assistance aux réfugiés, à continuer leurs efforts conformément au préambule et aux articles pertinents de la Charte des Nations Unies.
Les violentes attaques qui balaient le nord de l’Irak ne peuvent pas ne pas réveiller les consciences de tous les hommes et femmes de bonne volonté à mettre en œuvre des actions concrètes de solidarité pour protéger ceux qui sont touchés ou menacés par la violence et pour assurer l’assistance nécessaire et urgente à toutes les personnes déplacées, tout comme leur retour sûr dans leurs villes et leurs foyers. Les expériences tragiques du XXe siècle, et la compréhension la plus élémentaire de la dignité humaine, contraint la communauté inter- nationale, en particulier en vertu des normes et des mécanismes du droit international, à faire tout ce qui est en son pouvoir pour arrêter et prévenir d’ultérieures violences systématiques contre les minorités ethniques et religieuses.
Confiant que mon appel, que je joins à ceux des Patriarches d’Orient et des autres leaders religieux, rencontrera une réponse positive, je profite de l’occasion pour renouveler à Votre Excellence l’assurance de ma plus haute considération.

Au Vatican, le 9 août 2014
FRANCISCUS PP. (13 août 2014)

Le conseil régional du culte musulman de La Réunion

Siège social : Mosquée de Saint-Paul – 97 460 Saint-Paul – REUNION

COMMUNIQUE DU PRESIDENT
Le CRCM : Pour le respect et la protection des Chrétiens et des minorités religieuses d’Orient

Une situation de chaos prévaut aujourd’hui dans un certain nombre de pays arabes, comme c’est le cas en Lybie, en Syrie et en Irak, suite aux changements de régime opérés ou tentés avec l’aide des pays occidentaux, et notamment par les États-Unis qui sont intervenus militairement.

Si des dictateurs comme Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi ont été chassés du pouvoir et ont même été éliminés physiquement, il n’en reste pas moins qu’une violence aveugle a gagné ces pays avec la libération de forces antagonistes jusqu’alors retenues et des confrontations ethniques et confessionnelles à l’instar des affrontements meurtriers qui n’épargnent pas les musulmans eux-mêmes, qu’ils soient de la même obédience, ou qu’ils soient sunnites ou chiites.

Ces États qui sont nés dans le cadre des marchandages et des luttes d’in- fluence entre les puissances coloniales tout au long de la première moitié du XXe siècle ont ainsi souvent hérité lors de leur indépendance, de frontières arbitrairement délimitées et d’un découpage territorial séparant des populations pourtant homogènes et à l’identité affirmée.

Par ailleurs, l’effondrement des structures fragiles de ces pays à la sortie d’une situation de guerre, et les difficultés économiques qui en ont découlé, ont contribué à l’installation d’une anarchie permettant toutes les dérives.

C’est ce que nous constatons en Irak, terre de vieille civilisation, abritant une mosaïque de peuples et de religions, avec la persécution des minorités chrétiennes et kurdes yézidites, et avec les atteintes graves dont ils font l’objet actuellement dans le nord du pays par des extrémistes se prévalant abusive- ment de l’Islam, ignorant les fondamentaux et les valeurs de leur propre religion, et ne représentant en aucun cas le milliard et demi de musulmans du monde.

Le CRCM (Conseil régional du culte musulman) condamne fermement leurs agissements criminels qu’aucune religion, qu’aucune morale, et qu’aucune société civilisée ne peuvent accepter. Il s’agit d’assassinats, de dégradations et de destructions d’édifices religieux multiséculaires qui sont les biens communs de l’Humanité

Le CRCM se joint à tous ceux qui réclament au gouvernement français et à la communauté internationale, une réaction urgente en vue de protéger ces populations sans défense et de leur apporter toute l’aide nécessaire à leur survie, et à leur maintien dans leur propre pays.

Le CRCM rappelle que les chrétiens orientaux sont chez eux en terre d’Islam, dans le cadre d’une présence plusieurs fois millénaire, avec les mêmes libertés, droits et devoirs que leurs autres concitoyens, et qu’ils doivent être ainsi respectés dans leurs croyances, leur dignité et protégés.
Cette situation très grave est vécue avec émotion, tristesse et consternation par la composante musulmane réunionnaise et a été publiquement dénoncée et vivement condamnée par ses représentants lors des célébrations de la fête de l’Eïd récemment organisées par le département, la région et certaines mairies.

Nous partageons le cri de Mgr Gilbert AUBRY qui a déclaré dans une lettre ouverte « Quand la barbarie se déchaîne avec le fanatisme, les humains profondément croyants s’appuient avant tout sur la force de la prière ».
Comme lui « nous sommes à l’écoute des évènements pour de possibles actions à partir de La Réunion».

Saint-Denis, le 10 août 2014 Houssen AMODE, Chevalier de la Légion d’Honneur
06 92 65 96 19 – houssen.amode@gmail.com

Cet enseignement du respect de l’Autre en toute circonstance doit être répété dans tous les sermons et prêches des lieux de culte, dans les écoles et les aumôneries des hôpitaux et des prisons et en s’assurant qu’il soit abondamment et quotidiennement relayé dans la presse et tous les médias et réseaux sociaux.

Pour tous les citoyens, croyants et non-croyants, il importe de souligner que ces totalitarismes « religieux » sont un déni complet des Droits de l’Homme et les auteurs des actes qu’ils inspirent doivent être sans répit poursuivis en justice pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, jugés et condamnés, pays par pays et par la Cour de justice internationale.

La grande majorité des populations des zones en conflit en ont assez d’être terrorisées et rançonnées par une infime minorité vociférante, menaçante et violente. Les Nations Unies, qui soutiennent des activités humanitaires dans ces pays, devraient accompagner cette aide de forces militaires (casques bleus) pour que les majorités silencieuses puissent s’exprimer et rejeter les terroristes et se doter d’institutions démocratiques. L’exemple de l’action menée aux Balkans, si imparfaite qu’elle ait été, a conduit à une pacification de cette zone. Il en est de même en Afrique Centrale actuellement. L’exemple est à répéter au Proche-Orient, en Libye et au Nigéria, sans renouveler les erreurs commises dans les opérations précédentes.

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