LE PRINTEMPS ARABE  ET L’ÉMERGENCE DE LA SEMENCE D’AL QAIDA

Le 17 décembre 2010 débutait le « Printemps arabe » avec à l’origine le suicide par le feu à Sidi Bouzid d’un jeune commerçant tunisien, Mohamed Bouazizi, malmené par la police du régime autoritaire de Ben Ali. Grâce aux réseaux sociaux, une jeunesse éduquée, aspirant à la dignité et à la liberté, entraina en Tunisie d’abord puis très vite en Egypte, en Libye, au Yemen, au Bahrein et en Syrie, tout un peuple à se soulever contre l’arbitraire de régimes autoritaires, inefficaces et corrompus. Le régime de Ben Ali fut vite renversé, puis celui de Moubarak. En Libye la répression féroce de Khaddafi entraina une intervention étrangère qui renversa certes le dictateur mais, comme en Irak, ne réussit pas à instaurer un régime démocratique, aujourd’hui assailli par « l’État islamique ». En Syrie, le 15 mars 2011, Assad réagissait avec la plus grande brutalité, avec l’appui de la Russie – qui dispose d’une base navale dans ce pays et lui fournit des armes – et de l’Iran chiite, notamment par l’intervention du Hezbollah basé au Liban, lui aussi qualifié d’organisation terroriste par l’Union européenne et les États-Unis. Le bombardement de villes entières, a causé en trois ans la majorité des 190 000 morts recensés et provoqué l’exode de plus de 2 000 000 de réfugiés, en Syrie même et dans les pays voisins. Les fondamentalistes de tout bord qui affluent faire leur djihad en Syrie, combattent les uns pour Assad, les autres contre les insurgés syriens qui avaient initié le premier soulèvement anti- Assad à Homs.

En Syrie comme en d’autres pays réveillés par le « Printemps arabes » on assiste ainsi à l’infiltration puis à la récupération de révoltes populaires animées par une aspiration à la démocratie, par des mouvements de djihadistes plus ou moins inspirés par Al-Qaïda et prétendant instaurer un « ordre islamiste » à la place des régimes autoritaires ou démocratiques contestés. En 2013 ils se sont manifestés jusqu’au Mali où seule l’intervention française a sauvé ce pays de la domination par des fanatiques de l’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) qui avaient détruit manuscrits et monuments sacrés à Tombouctou après avoir massacré les civils; on les retrouve au Centre Afrique et au Nigéria avec le détestable Boko Haram qui détruit des villages chrétiens en tuant tous leurs habitants, vend des filles en esclavage et veut imposer un état islamique au Nigéria; leur plus récent avatar est « l’État islamique » en Irak qui massacre les populations chrétiennes et Yazidis, considérés comme « infidèles ». On assiste à l’arrivée de ces djihadistes jusqu’en Europe: jeunes marginalisés des banlieues ou convertis de fraîche date à l’islam, ils partent faire la « guerre sainte » en Syrie, puis reviennent aguerris assassiner aveuglément en Europe, visant d’a- bord et partout les juifs, qui occuperaient illégitimement la Palestine, mais ciblant aussi les militaires musulmans de nos armées, jugés traîtres à l’islam.

La Turquie, héritière de l’empire ottoman ancienne puissance coloniale de la région, membre de l’OTAN et candidate à l’admission à l’Union Européenne, crut pendant un temps, pratiquer une politique d’amitié avec chacun des états de la région. L’éruption syrienne mit fin à ce rêve: très vite terre d’accueil de réfugiés syriens, la Turquie, majoritairement sunnite, se trouve en situation de conflit avec la Syrie de Bashar el Assad (alaouite, proche des chiites), et avec l’Iran qui sou- tient le régime de ce dernier. Alliée des États-Unis, elle est en conflit avec l’Egypte et Israël au sujet de Gaza. Elle pourrait jouer un rôle clef dans la région mais doit d’abord redéfinir son identité (régime laïque ou confessionnel) y compris dans sa relation avec sa forte minorité kurde, y compris aussi dans le règle- ment du conflit chypriote qui dure depuis quarante ans.

Les seuls états à peu près stables de la région, en dehors de la Turquie et de la République islamique d’Iran, sont d’abord les royautés et émirats du Golfe (Arabie Saoudite, Koweït, Qatar, Bahreïn, Emirats arabes unis), dont les populations autochtones restent soumises à leurs dirigeants grâce notamment à la rente pétrolière, tout en exploitant une importante main d’œuvre immigrée, dénuée de droits.

Puis vient la Jordanie, qui grâce à sa famille régnante hachémite a pu maintenir une certaine stabilité malgré les guerres arabo-israéliennes successives. Elle y est parvenue après avoir violemment réprimé entre le 12 septembre 1970 et juillet 1971 (Septembre noir) une tentative de prise de pouvoir palestinienne sou- tenue par la Syrie, qui aurait fait selon Yasser Arafat jusqu’à 25 000 morts palestiniens. L’OLP fut alors expulsée du royaume hachémite et s’installa en Tunisie. (En représailles du « Septembre noir», des tueurs du Fatah avaient assassiné en 1972 onze athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich. Le Mossad rétorqua en pourchassant les assassins jusqu’en Europe4. Pour que la paix revienne, il faudra bien interrompre le cycle où la violence appelle la violence en représailles).

Ensuite l’Egypte. Ayant renversé le régime de Hosni Moubarak dans la foulée du « Printemps arabe », ce pays se dota d’un gouvernement dirigé par les « Frères musulmans » présidé par Mohammed Morsi. En un an ce régime se distingua par un sectarisme extrême, persécutant notamment les Coptes, et une incompétence économique totale ; il fut renversé par une deuxième révolte populaire avec le soutien de l’armée. Le nouveau régime, présidé par Abdel- Fattah El Sissi (un militaire comme tous ses prédécesseurs jusqu’à Morsi – de Nasser à Moubarak en passant par Sadate) cherche à relancer l’économie, notamment le tourisme, en réprimant les exactions commises par les mouvements islamistes, entre autres le Hamas et le Jihad islamique, qui sèment le trouble au Sinaï.

Et enfin Israël, seule démocratie de la région, en paix avec deux de ses voisins immédiats, l’Egypte et la Jordanie, mais pas avec la Syrie et le Liban. Sa relation conflictuelle avec le peuple palestinien qui aspire légitimement à son Etat mais dont Israël occupe et quadrille le territoire nourrissant l’animosité et le ressenti- ment d’une population éprouvée, a son origine dans la menace existentielle qui plane sur lui. Israël, en effet, ne reste pas reconnu, en tant qu’État, ni par les mouvements islamistes extrémistes (Hamas et Hezbollah notamment, ce dernier entretenant un immense potentiel de roquettes pointées sur Israël), ni par des états tels que la Syrie d’Assad, ou l’Iran dont l’ancien Président Ahmadinejad menaçait régulièrement Israël d’extinction. Il n’était pas le seul: le 14 décembre 2004, à l’université de Téhéran, l’ancien président Hachemi Rafsandjani déclarait :
«L’emploi d’une seule arme nucléaire contre Israël détruirait tout, mais, contre le peuple musulman ne causerait que des dommages limités ».

Il est clair que la solution des conflits au Proche et Moyen-Orient requiert la reconnaissance de l’état d’Israël comme partenaire à part entière par tous les états de la région et aussi une révision des manuels scolaires de trop nombreuses écoles locales qui nient l’existence d’Israël et prônent la mort ou l’expulsion des juifs.

Devant cet enchaînement de conflits qui secouent toute la région, aggravés par le déferlement de mouvements extrémistes confessionnels, quelle doit être notre réaction de croyants et de citoyens de régimes démocratiques défenseurs des Droits de l’Homme ?

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